πTon

πTon est une intrigante installation sonore. Elle s’inscrit dans la continuité des recherches de Cod.Act sur l’organicité mécanique et sonore et résulte d’une expérience sur la relation entre la déformation d’une structure élastique et la transformation synthétique de la voix humaine.

Un long boyau en caoutchouc refermé sur lui-même est animé de contorsions et d’ondulations semblables à celles d’un organisme invertébré. Encerclé par un groupe de personnages muets mais équipés d’étranges prothèses vocales, la créature semble vainement tenter de se libérer de cette présence inquiétante. Ses efforts et souffrances excitent leur curiosité et deviennent le sujet d’un rituel polyphonique autant primaire que sophistiqué et constitué uniquement de voix artificielles.

A partir de matière brute et de phénomènes physiques naturels,  πTon associe le mouvement organique et l’expression vocale sous leurs formes les plus primitives. Il en résulte un événement sonore et visuel saisissant qui renvoie le spectateur aux origines de son comportement.

expositions

2017

  • Oslonight festival, HeK, Haus of Electronic Arts, Basel (CH)
  • marionNEttes 17e Festival International, Case à Chocs, Neuchâtel (CH)
  • Ouverture du festival Némo, Centquatre-Paris, Paris (FR)

presse

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description

Collaboration technique

Genlab SA, François Bommottet

L’aspect mécanique et plastique

Elle représente la suite des recherches entreprises pour la réalisation de l’installation Nyloïd, soit l’exploration de matières élastiques et de structures simples susceptibles de se déformer de façon imprévisibles lorsqu’elles sont mises sous contrainte. Le but étant d’utiliser leurs mouvements pour construire en temps réel une œuvre musicale évolutive.

Après l’expérience Nyloïd, nous nous sommes concentrés sur la structure, sur l’anatomie de l’objet cinétique. Nous avons cherché à la rendre la plus simple possible en supprimant les points d’articulation et d’assemblage. Par cette démarche, nos recherches se sont orientées sur des formes géométriques rudimentaires appartenant à notre environnement naturel.

Notre choix s’est porté sur le tore. En examinant un anneau en caoutchouc, nous avons constaté qu’un seul petit effort de torsion appliqué sur un point de la circonférence pouvait occasionner une importante déformation de l’anneau entier. Grâce à sa  géométrie continue et sans arêtes les forces peuvent circuler dans la matière élastique de façon fluide sans rencontrer d’obstacle. L’énergie peut ainsi s’accumuler et se libérer uniformément en créant des mouvements amples et gracieux. Sa déformation est donc très naturelle, comparable à celui d’un organisme vivant qui cherche à se mouvoir efficacement avec le moins d’énergie possible.

Pour apporter plus diversité dans les courbes de déformation, nous avons multiplié les points de torsion à l’intérieur de l’anneau. Le système devient alors  imprévisible et l’action de forces antagonistes occasionnées par les différents sens de torsion apporte à la fluidité des mouvements une dimension plus violente et réactive qui est propre à un corps muni d’un système nerveux. La simplicité des mouvements et leur caractère évident au vu de la structure extrêmement rudimentaire de l’anneau nous évoque une créature primitive ayant appartenu aux premières formes de vies sur terre.

L’application technique

L’installation  πTon  est la mise en œuvre à grande échelle de l’expérience décrite plus haut. Il s’agit d’un anneau de huit mètres de diamètre constitué d’un assemblage de 120 chambres à air. Les points de torsions correspondent à quatre moteurs répartis à l’intérieur de l’anneau formant 4 segments de longueur identique. La synchronisation du dispositif musical avec les mouvements est réalisée en mesurant les accélérations à différents points de l’anneau ainsi que par l’utilisation des valeurs de vitesse et de position des moteurs.

 

La musique 

Quatre haut-parleurs sont placés dans l’espace dans lequel évolue la créature cinétique. Ils semblent l’observer car ils réagissent vocalement à ses mouvements. Afin d’éviter de se faire attraper par la créature qui peut parfois être imprévisible, les haut-parleurs sont mobiles. Chacun d’eux est greffé sur une personne, comme un implant. Tel des gardiens, ces quatre personnes se tiennent debout autour de la créature et se déplacent lorsqu’il y a nécessité. Par leurs haut-parleurs, ils émettent des litanies synthétiques à caractère primitif qui semblent s’adresser à la bête. Ce dispositif et ces manifestations ont un caractère surnaturel et mystérieux. Ils semblent faire partie d’un cérémonial symbolique ou religieux.

Les litanies synthétiques chantées par les quatre haut-parleurs s’articulent en séquences. Celles-ci naissent et se développent en fonction des agissements de la créature. De surcroit, les quatre voix qui participent à ces rites vocaux interagissent entre elles. L’intensité et la force expressive qui se dégagent de leur organisation et de leur harmonisation marquent irrémédiablement leur lien à une pratique codifiée et formalisée guidée par une sorte de conscience collective.

Les quatre voix artificielles ne sont ni vraiment vocales ni tout à fait dénués d’analogie avec la voix humaine, elles transcendent les séparations entre incarnation et machinisme. Leur caractère abstrait et décorporéifié révèle leurs pouvoirs métaphysiques de transfigurer les possibilités du corps humain et leur permet ainsi de circonscrire et de parcourir un nouvel espace pour l’imaginaire.

Le dispositif musical 

Pour créer la matière musicale et lui permettre d’évoluer conjointement aux mouvements physiques de la créature, nous avons développé un dispositif informatique spécifique. D’une part celui-ci capte et analyse les mouvements de la créature, d’autre part il synthétise les voix et les organise entre elles. Ces dernières opérations répondent à des codes préétablis et sont contrôlées par l’analyse des mouvements. Concernant l’organisation des voix entre elles, notre objectif est que chaque adhérent à ce rituel soit converti à la force dominante d’un fonctionnement collectif plutôt que de s’affirmer de façon individualiste. C’est ce comportement collectif qui peut apporter la détermination, l’énergie et la force nécessaires aux manifestations vocales de cette tribu synthétique.

L’origine 

Python s’inscrit dans la continuité de nos recherches sur les systèmes de synthèse sonore interactifs et organiques. Pour Nyloïd, nous nous étions intéressé à la vocalité artificielle du langage parlé, et à son articulation qui était contrôlée par ses propres mouvements. Pour Python, nous développons la vocalité artificielle vers la continuité et à la mélodicité de la voix chantée. La relation son-mouvements évolue elle aussi vers un type de causalité différent. Les mouvements de la sculpture cinétique contrôlent les manifestations musicales d’un dispositif extérieur qui réagit alors comme un témoin ou un observateur. Comme celui-ci est composé de plusieurs entités sonores, nous nous intéressons également aux relations que ces entités sonores entretiennent entre elles.

soutien

  • Etat de Neuchâtel
  • Ville de la Chaux-de-Fonds
  • Commune de Valbroye
  • Fondation Ernst Göhner
  • Fondation Nicati – De Luze
  • Fondation Culturelle de la Banque Cantonale Neuchâteloise
  • Pourcent Culturel Migros
  • Loterie romande